dimanche 2 octobre 2016

Ciel à Honfleur- Nicolas de Staël



Les volets étaient clos et la fenêtre ouverte. La lumière découpait la chambre en stries à l'horizontal.
Nous écoutions ce matin s'installer doucement, allongés et respirant en silence.

La mer était quelque part, si proche et pourtant invisible.
Nous ne savions pas si elle montait ou se retirait, mais nous percevions sa mouvance perpétuelle et le soupir mouillé de l'écume sur le rivage. Le vent semblait léger, porteur de mouettes facétieuses et plaintives, cerfs-volants vivants dépourvus de fil.

Nous imaginions le ciel et jouions à deviner ses couleurs et sa texture. Aurions-nous des nuages ouatés blottis les uns contre les autres? Aurions-nous des plumes aériennes zébrant l'azur? Aurions-nous un voile de brume montant de la mer? Aurions-nous une lumière solaire en filigrane? Aurions-nous le gris des cieux normands chargés de pluie?

Nous avons poussé les volets et découvert un tableau au-delà de nos images les plus belles. Et nous avons cligné des yeux pour trouver le point de fracture entre le ciel et les flots.
L'équilibre était parfait et nos souffles à l'unisson de ce jour résumé dans l'encadrement de bois.

Il faut parfois peu de chose pour croire en la beauté du monde et s'y sentir à sa place.