dimanche 18 septembre 2016

Does the show go on now?

La mer est à mes pieds , je la devine, l'entends, la perçois, les yeux clos, allongée sur le sable. La chaleur du soleil me plaque au sol sans douleur et un souffle léger, salé, me frôle en douceur. Des mouettes et des oiseaux marins crient et paillent dans le  ciel ou se déplacent sur la plage en sautillements saccadés. Des enfants clapotent dans les flaques chaudes et des paroles décousues me parviennent et s'envolent avec les algues sèches que le vent fait courir sur le rivage.

L'instant est parfait et pourrait me faire croire que le monde est serein.
Il n'en est rien.

J'essaie de me concentrer sur les vagues qui lèchent le sable, la houle qui les agite et l'écume qui s'étire en dentelle mousseuse.
Je voudrais sceller mes yeux pour faire cesser les images: des rafales de balles sur les murs, des chaises et des tables déchiquetées, des gyrophares qui tournent sans fin, des corps mal couverts par des couvertures de survie dorées, des gens qui pleurent assis par terre, des flics qui se tiennent la tête, des sauveteurs en gilets jaune fluo qui courent, des bris de glace partout, des poussettes renversées, une basket tâchée de sang...

Je vais m'enfermer dans une pièce et fermer les persiennes, laisser la valse des jours et des nuits rythmer mon temps en stries fines sur les murs, m'isoler, me terrer.
Vais-je laisser mon insouciance se fracasser dans la chambre close?
Vais-je laisser mes peurs m'étrangler?

Ou vais-je devoir faire la guerre? Apprendre à manier des armes?

J'ai peur de tout mélanger.
J'ai peur de ne rien comprendre.

J'ai peur de cette foi, brandie comme un étendard sanglant dans lequel se drapent des hommes au regard perdu. Les femmes s'enferment dans des voiles sombres, les enfants même ont la poitrine barrée d'une sangle de Kalachnikov.
Mes repères basculent.
Ma tolérance se fissure.

Ne croire en aucun dieu me permettait de croire en l'homme jusqu'alors.
Vais-je devoir me défier des hommes?

La mer est à mes pieds, je la devine, l'entends, la perçois...
Le monde est immuable, bercé depuis sa création par une onde puissante.

Et je m'interroge sur ma place, ma destinée, ma voie...