mercredi 11 novembre 2015

Le souffle de l'éventail

L'espace est infime entre nous, replié sur lui-même comme un éventail. Je perçois ton corps collé au mien, ton souffle dans mes cheveux et tes mots qui se perdent dans l'instant. Je suis  bien, je suis si proche de toi, et pourtant j'aspire à l'absence. Le manque de toi qui donne sa valeur à ce moment d'osmose.

Trop proche pour savourer, pas assez de perspective pour percevoir notre amour en entier.
Ce paradoxe m'étouffe, m'anesthésie, me fait couler.

J'aime entendre ta voix au téléphone, pour dire des futilités, pour dire que nous allons nous retrouver.
J'aime t'entendre dans une autre pièce, deviner les objets bousculés, tes pas sur le parquet, ton sifflotement dans les escaliers.
J'aime parler de toi, t'inviter dans mon quotidien sans toi, te faire apparaître dans une conversation, te faire passer comme une ombre que moi seule vois vraiment.

Ce pouvoir de t'imaginer, t'espérer, te vouloir m'habite et me dépasse.
Je me nourris de ton aura, qui grossit en moi au point de me faire perdre le souffle.
Et je tremble de te perdre, de ne plus t'avoir près de moi, de ne plus te voir, ce manque irrémédiable qui marquerait ma fin, mon anéantissement, ma déchéance.

Alors je replie l'espace, comme un éventail, entre nos corps pour être certaine de ta présence, de ta force, de tes mots soufflés dans ma chevelure. Je m'agrippe, me love, me laisse bercer en fermant les yeux. Refoulant le moment où tu t'éloigneras et espérant que tu le fasses.

Le souffle ténu de l'éventail que je déploie à l'envie me protège et m'enserre plus sûrement que tes bras.