vendredi 8 mai 2015

Le déjeuner sur l'herbe- Edouard Manet

Marcel avait pour habitude de traîner dans des lieux dits de perdition, où les femmes se dénudaient d'un simple mouvement d'épaule.Je l'enviais et le blâmais à la fois, sans vraiment savoir quel sentiment était le plus fort en moi.


Je me retrouvai convié par lui à un pique-nique, avec maints sous-entendus, un dimanche où ma femme Joséphine rendait visite à une tante éloignée dont elle m'épargnait l'acâriatre compagnie.
Je mis sur le compte de mon désoeuvrement dominical et sur l'insistance de Marcel ma facilité à accepter cette sortie champêtre imprévue.

Je fis donc la connaissance de Marguerite, jolie brune souriante que Marcel enlaçait déjà et de Célia... Célia aux yeux couleur de lac.
Je sus de suite que Célia fréquentait les mêmes endroits que Marcel, mais ce détail me sembla sans importance en une fraction de seconde.
Nous prîmes le chemin menant à la rivière, là où se formait une sorte de plage herbeuse entourée d'arbres et de bosquets. Je marchais derrière Célia, absorbé par les tâches dansantes du soleil sur le semis de sa robe de chintz. Le parfum de Célia m'envoûtait et je cédais à l'idée d'un filtre magique qui   anihilait toute résistance.

Nous déjeunâmes de pain et de fromage, de fruis et d'un vin un peu âpre mais frais. Marguerite riait souvent, se laissait effleurer par Marcel qui s'attardait sur ses seins en chuchotant dans son cou. La scène m'aurait gênée en temps ordinaire, mais ce jour-là, tout me semblait léger comme l'air qui nous entourait de mille bruissements de feuillage.
Je parlais peu, Marcel se chargeant de la conversation. Il était question de fêtes où la seule parure autorisée était un loup de velours noir et de jeux de mains derrière un voile avec des inconnus.
Marguerite souriait à ces évocations et Célia souriait en me regardant.                      

Quand les femmes proposèrent de se baigner, je détournai les yeux, résistant aux acclamations de Marcel dont le regard se posait manifestement sur les corps qui se dénudaient. Je perçus le glissement des étoffes et j'en fus bouleversé.
Célia sortit la première de l'eau , d'un pas nonchalant et sûr, totalement nue. Elle vint s'asseoir tout contre moi, face à Marcel. Elle croisa les jambes avec grâce et offrit sa peau au soleil et à mon regard.
Marcel se tourna vers Marguerite dont le jupon mouillé collait à ses cuisses. Elle éclata d'un rire de gorge qui résonna sous les feuilles.

Moi je sentais Célia, je l'entendais respirer, je regardais les feuillages pailletés d'or qui nous surplombaient. Le bout de ses seins pointait et sa peau couleur de lait me faisait l'effet d'une onde crémeuse. Je pensais furtivement à Joséphine. Fugacement.
Célia n'était que lumière, Célia et son nom de fleur qui emplissait ma bouche, Célia qui savait tout  cela et que j'avais envie de toucher.