dimanche 9 novembre 2014

Soap opera

"... je laisse la vaisselle égoutter le soir..."
"Moi si je fais ça, Pascal râle, il n'aime pas ce qui traîne, alors je l'essuie..."

J'ai envie de chialer. Sincèrement, je serre les dents pour ne pas flancher. Je lape ma soupe en silence à défaut de pouvoir me boucher les oreilles.

"... ma belle-mère met des amandes dans la confiture d'abricots..."
"Moi j'ajoute des pruneaux, c'est bon aussi..."

J'imagine un tourbillon dans mon bol de soupe, qui m'emporte à toute vitesse. Mais tout ça reste une image mentale totalement folle puisque j'ai les fesses collées sur ma chaise, que je suis enfermée dans une pièce et qu'il faut-bien-que-je-prenne-20 minutes-le-midi-pour-avaler-mon-repas-MERDE!

Je ne sais pas ce qui me navre le plus: devoir écouter les propos superficiels et la plupart du temps débiles de mes collègues ou ne pas être capable d'insuffler un échange un poil différent.
Je me noie dans ma vanité et dans ma soupe.

Je les admire en fait.
Sans leur papotage futile et volatile alimenté par  des émissions de télé-réalité, la lecture de Closer, des séries américaines, le télé-achat du dimanche matin, des préoccupations culinaires, vestimentaires, esthétiques etc, etc... et bien je laperais ma soupe dans un silence glacial de cathédrale! Tu parles d'une distraction.

Pour autant, je m'emmerde. Je ne parviens pas à parler pour ne rien dire. J'aspire à quelques échanges de lectures ( Closer exclu...), de films, de découvertes touristiques ou culturelles, de faits d'actualité... Rien de vraiment exceptionnel, je n'ai moi-même rien à vendre de surprenant dans ce domaine. Juste des éclats du monde qui m' entoure, des humains que je croise, de la beauté du ciel ou d'un arbre...

Je me sens seule.
Peut-être ai-je envie d'être seule?
Ou différente?
J'ai l'orgueil au bord des lèvres, en mode pitbull prêt à mordre. J'en souffre autant que j'en suis fière.

Je lape ma soupe donc, cernée par des pétasses à moitié à poil, de crèmes de jour à la bave d'escargot, de lotions pour blondir les cheveux, de recettes de couscous  et de Pascal qui me semble être un sacré con!

Et dans cette déchéance de l'esprit, qui me semble l'antichambre du grand rien où je vais finir, la tête lavée et essorée plus sûrement que dans  une lessiveuse, lobotomisée, amputée, anémiée.... je n'ai plus qu'une seule référence pour tenter de m'enfuir, les bribes d'une chanson de Kio.... je meurs....

"Et je rêve d'un courant d'air
D'un espace clos
Avec vue sur la mer
D'un silence radio
D'un océan solaire
Qui nous porte ensemble
Et qui nous enferme..."