dimanche 13 avril 2014

Un matin d'avril.

De fragiles pétales roses pâles tourbillonnent sur mon Japon de pacotille. Un cerisier majestueux s'impose dans la ville, remplit le ciel, force le béton et ses fleurs ont explosé en quelques jours transformant un morceau de ville en estampe japonaise. Je le savoure en descendant la rue, mon périple quotidien pour me rendre au travail passe par Okinawa et je n'ai même pas besoin de fermer les yeux. L'arbre est là, immuable et beau, vestige  d' un arbre à souhaits ancestral. Je passe dessous et me remets chaque matin à ses ondes protectrices. Quel beau voyage.

 Un peu plus bas je croise une petite fille vêtue d'un petit manteau vieux rose, trottinant doucement sur le chemin de la crèche. Elle se récite une comptine en fixant ses doigts ouverts en étoile devant son visage, des mots à peine audibles qui ondulent sur ses lèvres et arrivent à peine jusqu'à moi. Cette image me transperce par sa beauté indéfinissable et violente. Je l'emporte. J'en ai presque le souffle coupé.

Ensuite je prends l'avion. Il est très mal dessiné sur un mur plutôt crasseux mais il arbore un sourire incroyable! Et ce détail infime suffit à me capter. Je prends place derrière un hublot carré, juste au-dessus d'une aile déployée qui défit la loi des perspectives mais qu'importe. Je m'envole sans bruit, flottant  à quelques mètres du sol en fredonnant un  air léger " ... Tout autour de la terre, nous avons rencontré, la mer qui se promenait, avec tous ses coquillages et puis ses beaux naufrages, et ses saumons fumés... "

Je suis presque arrivée et je traverse la cour carrée de l'hôpital, pierres et briques rouges ordonnancées autour d'un bassin de mosaïques bleues. Il y a des fleurs de saison, de fières tulipes blanches et des pensées orangées un peu tristes. C'est désuet et charmant, les petits carreaux cerclés de bois des grandes fenêtres reflètent les rayons du soleil. Tout est à sa place et je m'attends à voir surgir un fiacre sous la voûte qui répercuterait les pas ferrés des chevaux. Rêverie royale fugace.

C'est un matin d'avril, tout simplement..