dimanche 2 mars 2014

Qui peut prétendre survivre à tout?

Je suis à terre. Physiquement debout  mais à terre.
Le sol dérive en ondoyant sous mes pieds et le plafond forme une coupole que je pourrais toucher du doigt si j'étais en mesure de me mouvoir. Les lignes du lino à la raideur rectiligne, filent à toute vitesse en formant des angles droits verticaux un peu partout. Je vais tomber. Et les murs s'éloignent sans bruit, glissent sur des rails invisibles, ouvrant sur rien, juste une clarté de ciel après la pluie. Je tombe.

Des voix cherchent à m'atteindre et me font mal. Je ne comprends rien. Je ne veux pas comprendre.
Je sens mes mâchoires qui se soudent, mes dents qui grincent les unes sur les autres. Je sens du froid et du mouillé. Surtout que personne ne me touche.

Au fond du placard, il règne une ambiance feutrée à la pénombre bienfaitrice. L'espace me convient.
Enroulée dans ton blouson, les manches de tes chemises effleurant mon visage, je me berce doucement sans le vouloir. Je régresse au plus profond d'un rien où j'aimerais te retrouver. Et je me surprends à chantonner les lèvres pincées et les ongles enfoncés dans les paumes,  les bribes d'une chanson de U2 " Trough the storm we rich the shore..." Je suis presque bien, presque nulle part, presque avec toi.

La plage est immense, la mer et le ciel se mélangent sans nuance, dans les tons gris et blancs de cette journée de novembre. Le soleil est mort, sa clarté est laiteuse, noyée de grisaille. Le sable est jonché de cadavres, de vies broyées par les vagues qui pourrissent loin de l'eau protectrice, des étoiles, des crabes, des moules, des méduses... Rejetés à jamais, bannis de leur univers marin. J'avance au milieu de ce cimetière qui me transperce de chagrin. A moins que ce chagrin ne me suive partout. Si je ferme les yeux j'entends le sable se gorger d'eau à chaque vague qui le recouvre. Si je ferme les yeux j'entends ta voix parfois.

Je ne te cherche plus. Je n'attends plus le tintement de tes clefs dans la serrure. Je vis de renoncements permanents, d'abîmes sur lesquels je me penche à l'extrême, de mots raisonnables pour rassurer mes proches. Et j'ai bien peur de vivre longtemps ainsi. Te perdant chaque jour davantage.

Et je me demande qui peut prétendre survivre à tout.