vendredi 29 novembre 2013

Attendre oui...mais quoi?


Tout le monde est sagement aligné, assis tout autour de la pièce comme une guirlande humaine. Enfin une guirlande à l'ordonnancement disparate et aux couleurs fantaisistes, mais chacun s'applique à bien se tenir sur sa chaise pour coller au mur.

Je rentre et lance un tonitruant: "Bonjour la compagnie"....NON...je plaisante, je fais comme tout le monde, je marmonne un bonjour à peine susurré comme si j'entrais dans une église et je vais prendre place dans la guirlande, entre une grosse boule verte poilue et un long cristal bleu irisé ( une petite femme boulotte avec de la fourrure sur son col et une jeune toute mince en doudoune électrique). Je suis en noir et je me dis que la guirlande ne doit pas être pimpante de notre côté...
Je pose mon sac, ouvre mon manteau ( un truc de cabinet médical ça, surchauffer la salle d'attente pour que les patients enlèvent déjà leurs manteaux, ce qui fait gagner du temps lors de la consultation), me relève pour prendre au hasard une revue sur la table ( et zut, c'est Madame Figaro!!), me rassieds, croise les jambes, relève mes cheveux, ajuste mes lunettes, et ne bouge plus!
Dans une salle d'attente, il ne faut pas bouger. On est calme, confiant, pas stressé pour deux sous même si le toubib va vous annoncer les pires horreurs dans quelques minutes.

Ma revue est un condensé de pubs, de publi-reportages et de communiqués publicitaires...c'est dire si elle m'intéresse!
Je fais du vent léger en tournant les pages, histoire de climatiser la pièce.

Raclement de gorge, grattage discret, mouchage, croisement de jambes, ajustage de jupe, farfouillage de sac: une mini musique de gestuelles corporelles comble le silence et l'espace. On se croirait dans une pièce de théâtre d' avant-garde. Pour un peu on entendrait du xylophone.

Quand la porte du cabinet s'ouvre, la guirlande se met à clignoter: le médecin fait un signe convenu de la tête vers l'heureux élu, qui se lève, s'excuse de déranger son voisin, rassemble son manteau, son sac, son magazine, ses radios...tout son petit fourbi indispensable...et floufff est happé par la porte capitonnée du docteur!
Chaque départ nous rapproche du Saint Graal, et nous papillotons encore quelques minutes ( c'est bientôt à moi, ça va être mon tour...) avant que le silence ne s'installe à nouveau.
J'ai mal aux fesses. Dr G. a des chaises merdiques, un plastique moulé rouge et glissant.
Je reste avec "grosse boule poilue verte" qui soupire et se mouille l'index pour tourner les pages de son Marie-Claire. Ça fait un petit bruit de succion un peu écoeurant.
 
J'ai le malheur de lui sourire quand elle se tourne vers moi, et elle doit penser qu'étant chez le même toubib, dans la même salle d'attente, on est subitement de la même famille: la voilà qui me raconte tous ses malheurs, ses traitements, ses examens, son opération...je dodeline de la tête en la regardant et ça lui suffit.
J'ai légèrement mal au coeur, sans doute en raison de mes hochements de tête stupides.

Flouff...sauvée par Dr G.! ( et c'est bien la moindre des politesses pour un médecin). Il ouvre la porte d'un geste ample et altier; clin d'oeil à la boulotte verte, qui se lève et se frotte au docteur en passant.

Je reste seule. Pauvre et terne boule d'une guirlande de fortune. Il est tard.
Mais qu'est-ce que je fous là?