dimanche 23 juin 2013

Soirée d'été


La table est encombrée d'assiettes repoussées pour permettre aux coudes de se poser. Les verres sont moitié-vides, moitié-pleins, on ne sait plus trop et on les porte quand même à nos lèvres machinalement. Les fleurs du bouquet central commencent à se flétrir, feuillage de cornouiller fragile et petites roses sauvages aux pétales de papier.

 A côté, les grands enfants s'exclament et rient autour de la table de ping-pong et j'entends le rebond de la balle comme un métronome détraqué.
Les plus petits courent encore, comme s'ils découvraient l'incroyable magie de leurs corps en mouvement, ivres du sentiment de liberté et d'exception d'être encore au jardin malgré le soir qui tombe. Ils boivent de grands verres d'eau, la poitrine soulevée par leur respiration rapide et repartent en négligeant les conseils de prudence des adultes concernant le froid, les chutes, le bruit...

 Le vent s'est éteint et la soirée est douce. Les épaules se sont couvertes de gilets légers et de pulls trouvés ça et là. Peu à peu, des bougies ont été allumées, dispensant des lueurs vacillantes sur les sourires et les voix. Les enfants les ont regardé un moment, fascinés par le feu comme l'est tout enfant, puis ont repris leurs courses saccadées d'avion aux ailes déployées.

 Un peu plus tôt, enroulée dans le hamac, j'ai cligné des yeux pour faire miroiter le soleil entre les feuilles du bouleau; un mobile en bambou teintait sourdement et tu es venu me faire écouter un passage de Glory Box de Portishead histoire de faire bondir mon coeur.

 Aux premiers accords de guitare, les voix se sont tues, puis ont repris leur cours sinueux, calmes, drôles ou passionnés. Les voix me semblent jouer au ping-pong aussi.

La musique dépasse les mots et je n'entends plus qu'elle. Je serais bien incapable de dire l'air qui est joué, si ce n'est qu'il habille cette soirée d'une façon évidente et intemporelle.

Nous sommes sous le cerisier, nappe orange et chaises dépareillées.