lundi 20 mai 2013

Devant le musée des Beaux Arts

L'esplanade était vide, entourée d'arbres tristes aux frondaisons pleureuses et mouillées. Les feuilles gouttaient sans bruit, soupirs humides, et les pavés de la place, assombris et glissants, semblaient vouloir oublier leur alignement rectiligne, parcourus de petites zébrures d'eau à la vie propre et sinueuse.

Assise sur un banc face au musée, je me demandais quel sens donner à mes pas.
Les pieds collés au sol, noyés, dégoulinants de pluie, je rassemblais mes pensées pour mouvoir mon corps , me lever et prendre une direction plausible et assurée.
L'effort était intense et mes idées glissaient dans mes méninges telle l'eau sur ma tête. Elles coulaient comme les gouttes sur une paroi de douche, inexorablement attirées par le sol et je pouvais presque les voir s'étaler en flaques transparentes entre mes chaussures.

Quand je bougeais les pieds, de petites bulles se formaient et roulaient vers un destin probable de caniveau et mes idées les suivaient lamentablement.

Je poussais mentalement la grande porte vitrée du musée, tapis aux arabesques chargées,  murs lambrissés, bois clair du guichet où je retirais mon ticket. Des cordes rouges guidaient mon parcours, rassurantes et solennelles à la fois, balisant les espaces interdits aux visiteurs non-initiés. Les toiles me sautaient au visage, violemment ou en douceur, guidant mes yeux, mon coeur et mes pas. Les dorures des cadres, les lumières orientées, les titres des oeuvres en fine écriture penchée, tout me semblait à sa place et le ravissement d'une évidence parfaite.
Je n'avais même plus à penser à mes idées.

Assise sur un banc face au musée, je me demandais quel sens donner à mes pas.
Mais la visite était terminée, mon corps lourd , froid, endolori, la place morne et dégoulinante.

J'entendis de nouveau le glissement des voitures sur l'asphalte noir, je vis les parapluies se déplacer à pas pressés, je sentis l'eau s'insinuer dans mon cou.

Je choisis de me lever et de marcher, d'ignorer la porte du musée, ses tentures veloutées et ses tableaux  bien accrochés.