dimanche 5 mai 2013

8 minutes d'éternité

5h52. La lueur bleutée de mon réveil a franchi mes paupières et ça doit vouloir dire que je ne dors plus tout à fait. Je ferme les yeux, avec force et conviction, pour reprendre le fil de ma nuit inachevée et ne pas laisser cette nouvelle journée prendre le pas sur mon sommeil.

Je veux du silence absolu, de l'inconscience, des pensées mortes et de la pénombre. Je veux décider de dormir. Je veux me fermer au chant des oiseaux qui déjà s'installe insidieusement dans mes oreilles. Je veux cesser d'écouter le vent léger qui va déterminer ce que je vais porter. Je veux ignorer ton souffle régulier.

Mais déjà mon cerveau perfide déploie ses neurones et capte je ne sais quel imperceptible changement dans mon souffle pour commencer à faire tourner ses rouages à la vie indocile. Il travaille pour lui-même, sans se soucier de ma volonté propre et de mes envies. C'est une machine fabuleuse mais sournoise, qui ouvre le bal à toutes les sensations que je veux ignorer.
Je perçois la tiédeur de l'oreiller, son contact doux et cotonneux. La couette pourtant neigeuse pèse sur mon corps en replis voluptueux. Malgré mes yeux fermés, je sais la courbure de la lampe, la rigidité d'acier de  la console , les croisements des poutres blanches et même le fouillis de papier de la revue lue la veille... Comment chasser ces ondes trop connues de ma mémoire, que faire de ces images incessantes qui zèbrent mon esprit et l'empêchent de s'évanouir.

Je lutte pour ne pas penser aux minutes, précieuses et volatiles, que je perds à tenter de ne penser à rien. Je veux penser au sommeil, à l'endormissement violent, au coma maîtrisé de la nuit. Je veux me fermer au jour, au monde, au bruit, à tout, pour ne rien perdre de cette parenthèse nocturne  inachevée sans mon consentement.
Je veux...

6h00. Le réveil fait son travail programmé et stridule d'une façon électronique, sans se poser de question et sans doute aucun. Je me réveille, je dormais donc.
 Surprise de cet éveil  du néant où j'étais plongée sans avoir eu la sensation d'y tomber, j'ouvre les yeux et m'ouvre au temps. Je ne sais que penser de ces minutes élastiques comme des heures, profondes et infinies, si courtes et si indéfinissables, qui me laissent un sentiment à la fois de quiétude et d'agacement.
Un sentiment d'éternité?

L'éternité me fait peur, surtout quand elle dure 8 minutes.