lundi 18 mars 2013

Tant mieux si tu as peur.

Dis-moi que tu as peur.
Juste pour me sentir moins seule. Même si cette solitude m'habille mieux que ta présence. Même si ton absence remplit l'espace et m'étouffe un peu.

Il faut fermer les yeux pour entendre la mer, qui meurt, vague après vague, dans une souffrance mouillée et rampante. La mer m'habite et sa houle me chavire le coeur, me tord le ventre, affleure à mes lèvres closes. Je veux me laisser pénétrer par cette eau salée et sale, je veux me balancer et attendre, attendre à l'extrême l'instant espéré et redouté, l'instant où tes mains rieuses vont se poser sur mes yeux. 
Et je serai surprise encore et encore, par ce contact de tes doigts sur mes paupières. Et la mer se jouera des battements dans ma poitrine, rythmant à sa mesure ses allers et venues.
Tes mains sur mes yeux et tes mots qui s'envolent. Je me fous des paroles, juste tes doigts fébriles et ton corps tout entier collé dans mon dos, dans l'attente. 

Il faut fermer les yeux pour écouter la mer. Le sable absorbe le fracas des vagues, qui  s'étirent sans trouver d'écueil, comme des coulures de peinture sur un mur horizontal. 

Attends. J'attends. Je veux jouer à ne pas deviner trop tôt que c'est toi . 
Juste percevoir l'instant suspendu et fragile où je me dis que tu vas arriver, que tu es là derrière, que tu es tout près... où que tu n'es plus là....plus du tout... plus jamais...
Je tombe.

Dis-moi que tu as peur.