dimanche 20 janvier 2013

Pour ce sourire. Elle et Lui 1


Mais que pouvais-je faire d'autre que tordre du cul en descendant l'escalier de cette foutue boîte?

J' avais emprunté une robe à Chloé, enfin un bout de tissu qui crachait des éclairs mordorés. Un truc minimaliste à peine assez grand pour me planquer les fesses, attaché autour du cou et échancré jusqu'au bas du dos. Il devait y avoir tout au plus un mètre carré de tissu; c'était un truc fluide et brillant, comme une peau de serpent avais-je pensé en l'enfilant mais j' avais zappé vite fait cette idée car ça m'écoeurait un peu. Une robe de pute aurait dit ma mère! Il y avait heureusement un bail que je n'écoutais plus les conseils vestimentaires de ma mère, ni aucun autre conseil à bien y réfléchir.

Impossible de mettre un soutif là-dessous, et j' avais hésité à mettre une culotte du coup. Et puis, j' avais retrouvé un bout de dentelle blanche parcouru de veines en fil d'or, un tanga vivant et chaud comme un chat. Quitte à montrer mon cul, autant donner la fièvre et être raccord avec l'esprit putasse de la robe. J'ai un sens de l'harmonie très sûr.
J' étais grimpée dans des chaussures noires à lanières qui me permettaient de surplomber les mecs de moins d'un mètre quatre-vingt; ça donnait déjà une bonne idée de la taille nécessaire pour m' adresser la parole.
Pas de bijou clinquant. Je ne quittais jamais une fine chaîne en or qui scintillait comme une cicatrice nacrée autour de mon cou et c'est tout.

La boite était une sorte de bunker qui se voulait chic et tendance: les murs de lumières changeaient en permanence et imprimaient des ambiances surréalistes ou psychédéliques, éclairant des fauteuils et des canapés couleur taupe qui semblaient vouloir aspirer leurs occupants. Le bar, tel une piste d'atterrissage, attiraient les hôtesses de l'air esseulées tentant de lire l'avenir au fond de leurs verres et des pilotes sans avion en quête de jolis seins où s'amarrer. Tout ça baignait dans une musique hésitant entre techno et dance , le DJ, un mec chauve au torse nu piercé ayant depuis longtemps renoncé à la vraie musique et ne jugeant de la qualité d'un morceau que sur le beat répercuté sur l'aiguille de sa console.

Descendre l'escalier en tordant du cul donc, ignorer la main de Steph qui est déjà sur mes reins, chalouper sans saluer personne jusqu'à un canapé -absorbeur, m'y installer sans se soucier de montrer mon tanga qui fait des étincelles et commander un cocktail de fruits au nom improbable, " Fraîcheur des îles" ou une connerie du genre.

 Nous sommes avec deux copains dont je n'ai même pas jugé bon de retenir les noms et qui pour l'heure, ont les yeux plongés entre mes cuisses. Les filles avec eux sont des petites nanas nerveuses et un brin hystéro, qui se trémoussent comme si elles étaient assisses sur une fourmilière . L'une d'elle s'appelle Cynthia, je l'ai retenu car ça fait vraiment vulgaire ce nom selon moi et ça lui va super bien. Je déteste la vulgarité.

Je sirote mon mélange des îles paradisiaques en remarquant la chaleur de la main de Steph sur le haut de ma cuisse. L'autre en face semble serré dans son pantalon et se dandine en ignorant sa copine qui a pourtant quasiment les seins à l'air à force de gesticuler. Va danser chérie puisque ton corps ne semble plus t'appartenir! Mais non, elle reste sur son fauteuil couleur de funérailles en bougeant comme une épileptique en pleine crise.

Sans prévenir, je pose mon verre dont le pied ressemble à un talon aiguille transparent et me lève, suivie de Steph. Les autres restent immobiles comme des jouets mécaniques soudainement privés de pile.

Il est face à moi et on s'effleure à peine. Je ressens encore l'empreinte de sa main sur ma cuisse. On danse et il me sourit. Et tout devient évident: la robe de pute, les talons hauts, les cheveux relevés, le tanga de sex-shop...pour ce sourire!

Que pouvais-je faire d'autre que tordre du cul?