dimanche 16 décembre 2012

New York, New York...



Quel sale petit con quand j'y pense!

Il prend la mouche pour quelques mots qui lui déplaisent. Moi je lance des trucs pour le faire réagir, j'aime les mots qui s'affrontent, les idées qui se combattent ou se contournent, les phrases qui montent des plans de bataille pour vaincre. Lui il se casse. Quand il comprend que je commence à l'entreprendre par mots interposés, il prend la tangente vite fait, avec un sourire en coin qui m'énerve au plus haut point!

Et je reste remplie de mots inutiles et belliqueux que j'ai un mal fou à juguler. Quel sale petit con vraiment!

Le téléphone sonne, en vibrant sur place comme une souris épileptique.
-"Hey Marilyn, viens me rejoindre, c'est top ici, l'ambiance est du tonnerre."
-"Dis-donc! Tu te souviens que tu viens de me laisser en plan là?"
-" Allez...ça va te plaire je t'assure. C'est tout près, à deux blocks à peine. Et tu pourras me dire tout ce que tu veux me dire... Marilyn, ma Marilyn...viens s'il te plaît..."
-" Mouais...explique-moi alors..."

Il m'appelle Marilyn depuis qu'on est ici.

Je descends et j'ai à peine poussé la porte que la nuit me submerge. Enfin quand je dis la nuit, c'est une nuit faite de lumière haut-voltage , de bruits furieux et d'odeurs mélangées.
Cette ville est totalement dingue, de jour comme de nuit, mais cette folie est électrisante et belle à côtoyer.
Ça clignote de tous les côtés: les enseignes, les pubs géantes , Sony, MacDo etc...
Les passants s'affairent, certains étrangement pressés, le pas vif; d'autres nonchalants, le nez en l'air pour regarder les affiches du ciné ou même plongés dans leur journal. Certains s'interpellent, on parle fort, on rit.
Il y a une fille immense sur un mur lumineux, qui nous sourit sans cesse de façon aguicheuse.
Des voitures qui semblent sorties d'un film des sixties glissent sur l'asphalte brillant, mordorées et irisées sous les lumières environnantes. Les feux suspendus n'osent même pas les arrêter et restent bloqués sur le vert.

J'avance. Cette ville pulse de vibrations invisibles et elle semble respirer pour son propre compte, nourrie de ce vacarme vivant, de cette débauche de lumière et de ces odeurs de friture, essence, parfums tous mêlés...

Je le repère, il est debout sur le trottoir, tantôt habillé de rouge, de bleu, de jaune, au gré du clignotement de l'enseigne au-dessus. J'ai un peu oublié mes mots de tout à l'heure, prise par le tourbillon de cette nuit zébrée de spots éblouissants , par cette effervescence un peu inquiétante mais enivrante.

Il m'entraîne, on descend quelques marches pour nous retrouver sous le niveau de la rue.
L'endroit est feutré, lumières douces, teintes ocrées; la musique est jazzy...C'est un bar ou une sorte de club, hors du temps et des trépidations de la ville. Le genre d'endroit où les mots qui claquent n'ont rien à faire. Le genre d'endroit où seuls les mots qui coulent et caressent, qui sucrent et murmurent sont à leur place.

-" Pose tes fesses Marilyn. Tu veux boire un truc? Et tu veux me parler alors?"

...Mais quel sale petit...
-" J'm'appelle pas Marilyn! Adieu Marilyn! Et embrasse-moi sale petit con!"